Recyclage du MDF : une solution circulaire prometteuse
Que deviennent vos meubles en kit une fois qu’ils partent en déchetterie ? Très souvent composés de MDF, ils posent certaines problématiques à la filière de recyclage du bois, car les propriétés de ce matériau rendent sa réutilisation complexe.
Flore Lebreton, enseignante-chercheuse à l’Ecole Supérieure du Bois et membre du Laboratoire Innovation Matériaux Bois & Habitat (LIMBHA), a justement réalisé son doctorat sur le sujet dans le cadre du projet européen EcoReFibre. Son travail démontre que l’on peut envisager une vraie boucle circulaire avec le MDF. Interview.
Flore, peux-tu nous expliquer le point de départ de ton projet de recherche ?
Mon travail s’inscrit dans un constat très simple : dans la filière bois, certains matériaux sont beaucoup plus difficiles à recycler que d’autres. C’est notamment le cas des panneaux de fibres de bois, que l’on appelle MDF (Medium Density Fibreboard). Ces panneaux sont extrêmement répandus, en particulier dans l’ameublement, mais lorsqu’ils arrivent en fin de vie, ils posent un vrai problème dans les chaînes de recyclage existantes.
Dans la catégorie des déchets bois ciblés par mon étude, tout est généralement broyé ensemble : bois massif, contreplaqué, OSB, panneaux de particules et MDF. Or, les particules de fibres agglomérées issues du MDF n’ont rien à voir avec celles du bois massif. Elles ont souvent une forme circulaire et un aspect pelucheux. Leur comportement mécanique est très différent.
En quoi ces fibres de MDF sont-elles problématiques pour l’industrie ?
La première manière de recycler le bois aujourd’hui est de l’incorporer dans la fabrication de panneaux de particules, souvent appelés « agglo ». Dans les panneaux de particules recyclés, les industriels acceptent difficilement plus de 3 % de MDF. Au-delà de ce seuil, plusieurs problèmes apparaissent : ces fibres absorbent une grande quantité de colle (qui est aujourd’hui principalement pétrosourcée) et fragilisent mécaniquement le panneau, obligeant les fabricants à augmenter la pression de fabrication, et donc à consommer plus d’énergie. Résultat : plus il y a de MDF dans les déchets bois, plus cela réduit le bénéfice environnemental du recyclage in fine. Et comme l’usage du MDF a explosé depuis une vingtaine d’années, sa présence dans les flux de déchets ne cesse d’augmenter.
L’objectif initial était donc d’éliminer le MDF des flux de recyclage ?
Oui, à l’origine, le projet européen EcoReFibre visait à concevoir une machine capable de trier les déchets bois pour isoler spécifiquement le MDF. L’idée était de l’extraire pour améliorer la qualité des panneaux de particules recyclés.
Mais une fois cette matière isolée, une autre question est apparue immédiatement : que fait-on de ce MDF séparé ? C’est là que mon travail de thèse intervient.
Quelle a été ton approche scientifique ?
J’ai choisi de poser une question simple, mais qui n’avait jamais été réellement étudiée : combien de fois une fibre de bois peut-elle être recyclée ?
Autrement dit, est-il possible de créer une boucle fermée de recyclage, comme pour le papier, où la matière revient dans le même type de produit plusieurs fois de suite ?
Et ta réponse ?
Oui, c’est possible ! Dans mon travail expérimental, j’ai recyclé 6 fois des panneaux de MDF sans ajout de fibres vierges. À chaque cycle, j’ai défibré les panneaux, prélevé des échantillons, reformé de nouveaux panneaux, et ainsi mesuré l’évolution de la longueur des fibres, de leur épaisseur, et évalué leur résistance mécanique, entre autres.
« Avec cette nouvelle approche, on recycle le MDF en MDF ! C’est un changement de paradigme qui a un impact extrêmement positif »
Qu’observe-t-on après six cycles de recyclage ?
Les résultats sont très encourageants. La longueur et l’épaisseur des fibres restent globalement stables. La résistance mécanique diminue d’environ 20 %, ce qui est significatif mais reste compatible avec un usage industriel, d’autant plus que dans la réalité, les fibres recyclées seraient mélangées à d’autres fibres vierges par exemple, ce qui compenserait cette perte.
Le plus surprenant est de constater que les changements sont moins spectaculaires que ce que j’imaginais : la chimie des fibres évolue peu. La vraie complexité vient de la colle, qui reste présente sur les fibres et perturbe certaines méthodes classiques d’analyse. C’est encore un champ de recherche en soi.
Cela signifie que le MDF pourrait devenir un matériau réellement circulaire ?
Exactement. Aujourd’hui, on est plutôt dans une logique de recyclage “en cascade” : on oriente la matière vers des usages de moindre valeur. Avec cette nouvelle approche, on recycle le MDF en MDF ! C’est un changement de paradigme qui a un impact extrêmement positif, puisque recycler plusieurs fois un panneau MDF, c’est prélever moins de ressources des forêts.
Ton travail s’inscrit dans une logique très industrielle ?
Oui, totalement. EcoReFibre s’adresse aux producteurs de panneaux, mais aussi aux centres de tri, qui pourraient investir dans des machines de séparation plus fines.
Mais pour qu’un tel investissement soit rentable, il ne suffit pas d’isoler le MDF : il faut aussi récupérer le bois massif, qui a une plus forte valeur. C’est l’ensemble du tri qui crée l’équilibre économique.
Finalement, que démontre ton travail en deux phrases ?
Que le MDF peut devenir autre chose que la “bête noire” du recyclage.
C’est une matière qui peut entrer dans une véritable boucle circulaire, à condition d’adapter les procédés et les outils industriels.
Pour plus d’informations, contactez Flore Lebreton : flore.lebreton@esb-campus.fr