Du bois au terrain : O’Xylo construit une connaissance collective
O’Xylo, c’est un projet porté par l’École Supérieure du Bois, pour mieux comprendre le matériau là où tout se joue : en atelier, sur chantier, en conditions réelles d’usage. Grâce à des équipements de mesure transportables et à une collecte de données pensée sur un temps long, l’objectif consiste à former, documenter, croiser les contextes, et alimenter une base de connaissances partagée avec la filière.
O’Xylo naît d’une ressource rare : la xylothèque de l’école. Une “bibliothèque d’essences de bois” conséquente, singulière par son classement, sa lisibilité et son histoire : certaines pièces accompagnent la création de l’école, d’autres lui sont antérieures. En 2019, Paul Corbineau, l’un des meilleurs spécialistes en reconnaissance macroscopique du bois, a fait don de sa collection. Sculpteur et surtout passionné, il a créé un code de classification unique en identifiant, à la loupe x10, des trames communes à l’ensemble des grandes familles de bois.
“Sa collection est venue enrichir la nôtre et nous permet de disposer, aujourd’hui, d’une grande variété d’essences, y compris certaines issues de forêts primaires tropicales, explique Fabien Clément, enseignant-chercheur à l’École. À partir de 2020-2021, nous avons cherché comment valoriser cet ensemble. O’Xylo est le fruit de ces réflexions”.
Mesurer “par l’usage” : le bois en situation, pas en théorie
La direction choisie se distingue : caractériser le bois avec une approche orientée industrie et usage, et non uniquement “à la sortie de forêt”. O’Xylo vise des mesures réalisées in situ, sur chantiers ou en entreprise, avec des équipements transportables. Ce qui compte : le matériau dans son contexte d’utilisation.
“Caractériser” le bois, dans le cadre de ce projet, varie selon le besoin : performance mécanique en flexion, résistance en compression, tenue en extérieur, reprise d’humidité, déformations… On caractérise en fonction de l’usage prévu. Et l’ambition se révèle encore plus large : “On caractérise aussi le bois en situation : environnement, température, humidité, dégradations, type de mise en œuvre, localisation géographique, contexte économique. L’objectif est d’observer, sur le temps long, comment évoluent les performances selon les pratiques et les conditions. Peut-être que la qualité de mise en œuvre est un facteur plus déterminant que la densité du bois ? L’idée est de croiser ces données pour dégager des tendances” ajoute Franck Michaud, enseignant-chercheur également impliqué dans le projet.
Une boucle filière : former, prêter, collecter, puis chercher
O’Xylo propose une approche de recherche participative, en s’appuyant sur les étudiants et sur leurs projets de terrain : stages, apprentissage, R&D. Exemple concret : un projet de meuble destiné aux Caraïbes. Un capteur permet de mesurer l’humidité et la température durant le transport ; ces données servent immédiatement, tout en alimentant une base collective. À l’objectif technique s’ajoute une collecte de contexte : données environnementales, conditions de mise en œuvre, informations manquantes signalées comme telles. L’intérêt est double : opérationnel à court terme et structurant à long terme. “Dans dix ans, on pourra par exemple exploiter ces données pour un projet de recherche sur des charpentes en chêne”, poursuit Fabien Clément.
Les données seront diffusées “en open source autant que possible”. Certains équipements pourront aussi être mis à disposition pour des besoins ponctuels : l’entreprise effectue une mesure et l’école peut bénéficier de ses données. “C’est une logique donnant-donnant : nous prêtons des appareils parfois coûteux à acquérir pour une petite structure et, en échange, nous enrichissons notre base de données, essentielle pour nos recherches”.
Un projet sur 10 ans
L’appel à projets pour O’Xylo a été déposé en 2025 et a pu bénéficier de financements publics de la part de la Région Pays de la Loire et France 2030, via le projet Up’Fib. 2026 offre donc l’opportunité d’acheter le matériel nécessaire et de débuter les caractérisations, qui auront lieu jusqu’en 2036. Parmi les équipements : sylvatest (caractérisation non destructive par ultrasons), humidimètres, sondes pour isolants biosourcés, équipements infrarouges et résistographe.
Et le lien avec la xylothèque, dans tout ça ? “C’est la base de référence, ajoute Franck Michaud. Elle permet d’identifier avec certitude l’essence étudiée. Sans elle, on mesurerait un bois sans savoir précisément lequel. O’Xylo est en réalité une extension de la xylothèque, qui en est la fondation scientifique”.
Un projet ? Un besoin de caractérisation ? Contactez Franck Michaud ( franck.michaud (at) esb-campus.fr) ou Fabien Clément (fabien.clement (at) esb-campus.fr) pour échanger avec eux.