Le bois, ressource “durable” ou pas ?
« Le bois est durable », affirme-t-on volontiers, mais cette évidence est-elle à nuancer ? Le sujet mérite que l’on s’y attarde, car tout est question de contexte, de perspectives et de pratiques. Décryptage.
Parler de “durabilité” du bois ouvre un vaste champ de possibles. Il y a une notion sémantique, d’abord, qui distingue la durabilité du matériau dans le temps, et ce que l’on comprend davantage au regard du changement climatique et de la préservation des ressources forestières. Sur le premier point, la réponse est sans équivoque. « Le bois en lui-même – que ce soit une planche de chêne, pin, peuplier – est durable s’il est correctement mis en œuvre, et tout spécialement à l’échelle humaine, explique Jérôme Moreau, enseignant-chercheur à l’ESB, au sein du laboratoire LIMBHA. Les églises en bois qui tiennent debout depuis des siècles dans les pays nordiques, ou certains temples au Japon, en sont la parfaite incarnation !”
Mais alors, qu’en est-il côté « développement durable » ?
C’est ici que le sujet prend tout son sens. La durabilité de la filière bois ne peut se concevoir sans prendre en compte la durabilité globale de nos pratiques. Nous le savons : nous épuisons les ressources mondiales chaque année un peu plus tôt, prouvant que nos modes de vie ne sont pas soutenables dans tous les cas. Néanmoins, dans ce contexte, la filière bois semble proposer pour l’instant un bon équilibre : “à l’échelle industrielle, en France, nous récoltons moins de bois que ce que les forêts produisent. Pour être précis, l’industrie prélève environ 50 millions de mètres cubes de bois par an, et moins de 20 millions restent après les prélèvements. Par ailleurs, le “capital sur pied” s’accroît depuis les années 1840, même si l’augmentation ralentit.” Cependant, les changements climatiques ont des impacts forts sur la vie des arbres, qui périssent beaucoup plus qu’avant sous la contrainte de la sécheresse, par exemple. Le bilan des flux de bois sur la période 2015-2023 est en net recul, -54 % (IGN, 2025). “Pour rester durable, de nouvelles pratiques sylvicoles doivent donc être développées : mélanger davantage les essences, faire cohabiter des arbres d’âges différents, tester de nouvelles essences, etc. C’est le véritable enjeu de la filière bois, mais c’est un enjeu connu et appréhendé”.

Coupes ou pas coupes ?
Sans doute vous êtes-vous déjà retrouvés dans votre forêt préférée, désarmés devant une coupe franche ayant totalement changé le paysage qui vous était familier. Dans ces cas-là, nous sommes tentés de réagir avec nos émotions, en interrogeant cette notion de “durabilité”. C’est aussi à nuancer : “Il est pertinent d’exploiter la forêt pour en faire du bois pour la construction, l’ameublement, le transport de produits… Bois qui stockera du carbone et permettra de répondre à des besoins concrets. Il est donc bon de récolter la forêt, mais pour en faire des matériaux durables et renouvelables.”
Le bois reste l’un des matériaux les plus vertueux à notre disposition : renouvelable, issu du vivant, et actuellement produit en France dans un équilibre encore préservé. Mais cet équilibre exige une vigilance constante et une adaptation permanente de nos pratiques.
“L’enjeu le plus important, pour moi, c’est la médiation, poursuit Jérôme Moreau. C’est permettre à tous les usagers des forêts d’échanger, afin de trouver des points de convergence et co-construire la filière bois ensemble. À l’ESB, nous avons intégré cette notion de médiation à nos cours, pour aider nos étudiants et étudiantes à créer ces ponts nécessaires pour l’avenir de la ressource”.
Preuve que la durabilité du bois n’est donc pas un état figé, mais bien un engagement collectif qui se construit jour après jour, entre respect du matériau, évolution des pratiques et remise en question de nos modes de consommation.