Bâtiment bois ESB

Le bois peut-il contribuer à adapter nos logements aux changements climatiques ?

La météo estivale a mis en évidence ce que les chercheurs observent depuis longtemps : nos bâtiments, conçus pour traverser plusieurs décennies, ont été pensés pour des conditions climatiques qui ne sont plus tout à fait celles auxquelles ils doivent désormais faire face. Lara Ramadan, enseignante-chercheuse en thermique du bâtiment à l’École supérieure du bois, décrit un secteur contraint d’affronter « un environnement de plus en plus instable et imprévisible ». Les besoins en énergie se déplacent, façades et toitures vieillissent plus vite, et l’isolation doit être pensée de manière à limiter les flux de chaleur sans créer d’effet “marmite”.

Dans ce contexte, le bois semble avoir le beau rôle

Chaleureux, vivant, durable, il détiendrait le secret des intérieurs tempérés. Nombre de personnes vivant dans des maisons en bois vantent leurs vertus sur la douceur de la température intérieure. Mais selon Jérôme Moreau, également enseignant-chercheur au sein de l’École, c’est un discours à relativiser : « les enveloppes en bois et matériaux biosourcés absorbent les excédents d’humidité en période humide, l’atmosphère est donc plus stable à l’intérieur de ces logements. Et c’est cette sensation qui procure une impression de fraîcheur. »

Quand la science tempère les croyances

« Les études scientifiques ne permettent pas aujourd’hui d’affirmer que les bâtiments en bois offrent systématiquement un meilleur confort thermique aux occupants », souligne Lara Ramadan. Le bois possède certaines caractéristiques intéressantes, et sa faible inertie thermique le distingue des matériaux plus massifs comme la pierre ou le béton, qui peuvent stocker la chaleur accumulée dans la journée et la restituer plusieurs heures plus tard. Cependant, la température intérieure d’un logement dépend de nombreux autres paramètres. « Il faut tenir compte de la ventilation, des ponts thermiques, des fenêtres et de leurs protections solaires, des usages des habitants et de leurs habitudes  ainsi que du vieillissement des matériaux au fil des années », ajoute Lara Ramadan. Ainsi, évaluer les performances thermiques d’un matériau biosourcé de façon isolée, sans tenir compte de la vie globale d’un logement, c’est se priver de paramètres très importants.

Se projeter sur le futur des bâtiments

Lara Ramadan encadre une thèse, à compter d’octobre 2026, qui a justement pour objectif d’examiner le comportement des bâtiments face au climat changeant que nous connaissons désormais, en France.

L’étude porte sur les parois et leur capacité à gérer la chaleur et l’humidité, sur la consommation d’énergie des bâtiments, et sur le confort des occupants. « À défaut de disposer d’une machine pour voyager dans le futur, plaisante-t-elle, nous allons utiliser très largement les techniques de simulation numérique, mais aussi reproduire en laboratoire différentes conditions auxquelles les bâtiments peuvent être confrontés. Cela nous permettra de croiser de nombreux paramètres, notamment l’évolution des isolants au fil du temps ».

En effet, les enveloppes en bois et matériaux biosourcés, dans leur capacité à interagir avec l’humidité, sont comme des éponges sophistiquées. Très prometteuses, elles sont aussi plus sensibles au changement climatique. C’est pourquoi une étude approfondie est nécessaire pour mieux comprendre leur comportement hygrothermique et apporter une réponse scientifique sur leur capacité à accompagner l’adaptation des bâtiments au changement climatique.

La performance thermique ? Oui, et au regard de nombreux autres facteurs

Un autre doctorant de l’Ecole, Hamza Hajjar, soutient sa thèse d’ici la fin de l’année 2026. Ses travaux permettent d’aller encore plus loin sur la question des isolants à base de matériaux biosourcés, en sélectionnant plus finement encore les essences qui pourraient les composer. « Cette thèse a permis de mettre au point un outil d’évaluation et d’optimisation de la chaîne globale de fabrication, détaille Jérôme Moreau. Par exemple, je prends telle essence de bois, j’en fais un isolant, mais ne serait-elle pas plus indiquée dans un panneau composite, ou pour du bois-énergie, par rapport à ses propriétés ? En somme, il s’agit de définir les meilleurs couples ressources-procédés et donc de croiser des données complexes (performances technologiques, impact environnemental, aspects économiques…), pour optimiser au mieux la fabrication de ces isolants. »

Appliqué à la Guyane dans le cadre du projet Panther, dirigé par le laboratoire Ecofog, ces travaux pourraient aboutir à la conception d’isolants avec du bois local non valorisé. L’idée est de créer un matériau isolant qui apportera un confort réel aux habitations de la région. En Guyane, où la toiture constitue une source majeure d’apports de chaleur, l’isolation sous toiture permet de limiter la chaleur transmise au logement. Elle contribue ainsi à maintenir une température intérieure plus confortable et à réduire les besoins en climatisation.

Le superpouvoir du bois : stocker le carbone

À défaut de pouvoir affirmer que les bâtiments en bois et/ou isolés avec des matériaux biosourcés offrent systématiquement un meilleur confort thermique, on peut reconnaître cependant un argument qui met tout le monde d’accord en matière de développement durable : le bois stocke le carbone. Autrement dit ? En devenant un isolant, ou une planche pour la construction, il conserve pour des années le carbone que l’arbre avait capté par photosynthèse, tandis que la forêt continue de pousser et d’en absorber davantage.

C’est, aujourd’hui, l’argument majeur qui peut nous faire opter pour le bois dans un projet de construction. Quant à la question des isolants, on comprend bien ici qu’elle doit encore être approfondie. L’avenir tient en tout cas, sans doute, à un usage varié et intelligent de tous les matériaux : « Pierre, béton, bois… je pense qu’il faut de la variété dans les matériaux, pointe Jérôme Moreau. Chacun a sa place dans les constructions. »

Et pour aller d’ailleurs encore plus loin dans sa connaissance du bâti bois et de ses performances thermiques au fil des saisons et des années, des groupes d’élèves vont désormais évaluer la performance thermique du bâtiment de l’École, construit en bois. Le campus devient donc tout à la fois un démonstrateur et un terrain d’expérimentation  scientifique !

Publié le 29-Sep-2026

Formulaire téléchargement brochure MS RBC

(*) Champs obligatoires

Formulaire téléchargement brochure DRB

(*) Champs obligatoires

Brochure ingénieur

(*) Champs obligatoires

Formulaire téléchargement brochure Bachelor

(*) Champs obligatoires

Formulaire téléchargement brochure SCBH

(*) Champs obligatoires